[L’œil de l’expert SEI] Dans la mode, acheter la prévision de vente n’est pas une stratégie efficace (3/3).

– Pourquoi un acheteur ne doit pas acheter la prévision de vente & axes d’optimisation du système d’approvisionnements dans l’industrie de la mode (billet 3/3) –

Aujourd’hui, nous abordons les 3ème et 4ème axes d’optimisation d’un plan d’approvisionnement pour l’industrie de la mode (textile, chaussures, etc.) avec la prise en compte de la possibilité de fractionnement des ordres d’approvisionnement et son impact sur les besoins en réassort.

Retrouvez les deux premiers billets de cette série ici et ici.

 

Reprenons l’exemple de notre approvisionneur qui doit approvisionner les deux articles A1et A2 tels que :

  • article A1 : prévision 1000, marge d’incertitude = + ou – 200
  • article A2 : prévision 1000, marge d’incertitude = + ou – 10

L’approvisionneur sera dans des conditions beaucoup plus confortables pour l’article A1 s’il peut fractionner l’approvisionnement en 2 ordres : par exemple, il jugera plus astucieux d’approvisionner prudemment un premier lot de 500 tout de suite si c’est nécessaire pour assurer les premières livraisons et il se réservera donc la possibilité de réajuster son ordre final plus tard dans la saison, à un moment où la marge d’incertitude aura certainement baissé…Le moment venu, la prévision totale elle-même aura peut-être baissé à : 950 + ou – 20, c’est-à-dire que pour assurer le chiffre d’affaires, il n’aura plus qu’à approvisionner 450 + 20 = 470. Ce faisant il aura réduit son risque de stock de 150 pièces par rapport au premier scénario !

Malheureusement, il n’est pas toujours possible de fractionner les OA du fait des délais mais surtout des minima fournisseurs. Ce qui explique que, dans la pratique, ce sont surtout les articles A qui peuvent bénéficier de cette facilité.

Ce phénomène a pour effet de diminuer la proportion d’articles A dans les stocks restants après le service de la demande initiale (tournée hors réassortiment) malgré leurs exigences de qualité de service souvent supérieures.

Stocks restants sans fractionnement :

L'oeil de l'Expert SEI - stock restant sans fractionnement

 

Stocks restants avec fractionnement :

L'oeil de l'Expert SEI - stock restant avec fractionnement

 

Nous verrons que cela impacte fortement la prise en compte du réassortiment.

 

Prise en compte du réassortiment

Notre approvisionneur n’en a pas encore fini. Il doit maintenant prendre en compte le budget de réassortiment à assurer. Une façon courante d’agir est pourtant de ne rien faire !

C’est-à-dire qu’on suppose alors implicitement que les stocks excédentaires nécessairement dégagés par l’ensemble des marges de sécurité prises à l’étape précédente vont permettre de satisfaire la demande de réassortiment ?

En fait, rien n’est moins sûr et c’est même fortement improbable.

Pour s’en convaincre, il suffit de confronter la structure ABC des stocks restants après satisfaction de la demande initiale (tournée hors réassortiment – voir schéma précédent), à la structure ABC de la demande probable de réassortiment qui malheureusement présente en général un profil inverse :

Demande probable de réassortiment :

L'oeil de l'Expert SEI - demande probable de réassortiment

La seule comparaison visuelle des structures ABC des stocks restants (après le service de la demande initiale) et de la demande probable de réassortiment permet de comprendre que le stock restant ne pourra pas garantir la réalisation du chiffre d’affaires attendu en réassortiment, même si stocks restants et demande de réassort ont la même valeur globale.

Pour finaliser son plan d’approvisionnement, notre approvisionneur devra donc au bout du compte compléter certains de ses OA de manière à faire coïncider le mieux possible le profil des stocks restants avec celui de la demande de réassort. Et ces compléments d’approvisionnement concerneront en premier lieu des articles A.

 

En conclusion…

Pour résumer, un système d’approvisionnement optimal est celui qui permet de quantifier le plus aisément et le plus clairement possible les termes du compromis « stocks restants en fin de saison » / « qualité de service globale ».

Un tel système doit être capable de s’adapter en fonction du compromis choisi, c’est-à-dire redéfinir les règles d’approvisionnement qui en résultent :

  • Optimiser le fractionnement des OA
  • Quantifier les marges de sécurité à prendre sur les articles
  • Définir les articles à supplémenter et de combien afin de garantir le budget de réassort visé

 

Nous terminons ainsi cette série de 3 billets dédiés aux méthodes d’optimisation des approvisionnements pour l’industrie textile et mode.

Voilà pourquoi vous pourrez être surpris quand nos consultants vous diront qu’il convient de ne pas acheter exactement la prévision de vente calculée, mais qu’une seconde étape d’optimisation est nécessaire pour équilibrer au maximum la balance entre taux de service et stocks sur vos articles saisonniers et permanents.

Vous souhaitez en discuter ? Notre équipe se fera un plaisir d’échanger et débattre avec vous sur le sujet !